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Quand Mons était à la campagne : La ferme de la Pilaterie

Un article d'Alain Cadet, paru dans la Voix du Nord le 8 janvier 2016

La ferme de la Pilaterie était exploitée par la famille Rousselle. Dans celle-ci, Anne-Marie, qui nous a fourni les clichés et qui les a commentés. Le château était la propriété de la famille Scrive. Gustave Scrive et Anne-Marie Rousselle se marièrent. Gustave, excellent photographe, a tenu sans le savoir la chronique en images de la ferme et du château.

La nouvelle zone industrielle de la Pilaterie et la construction de la zone à urbaniser en priorité (ZUP) ont condamné l’exploitation. La famille a été expropriée en 1963. C’est sur une partie de son territoire que l’on a bâti une partie de la nouvelle brasserie Heineken ainsi que l’usine Goosens, désormais fermée. Elle est revenue dernièrement dans l’actualité car on construit à son emplacement, Polygone, une nouvelle zone commerciale.

La vie à la ferme, dans les années 1950 ou 1960, n’avait guère varié par rapport à ce qu’elle était au début du siècle. On labourait, on moissonnait avec des chevaux. Jean, le père d’Anne-Marie, ou les ouvriers agricoles, les conduisaient. À la ferme de la Pilaterie, on cultivait le blé, l’orge, l’avoine, les betteraves et la pomme de terre.

Clotilde, la mère d’Anne-Marie, cuisinait pour toute la maisonnée. La « cuisinière » était le centre stratégique de l’endroit. Elle servait à la fois de chauffage, de four, de moyen de faire cuire les aliments, bouillir l’eau du café, maintenir la bonne température le fer à repasser et la bouilloire. On y réchauffait aussi les briques réfractaires que l’on glissait dans le lit, au moment de se coucher pour avoir moins froid.

Un commentaire :
Superbes photos !!! Le site est magnifique, la campagne alentours également ... Un autre temps ! Malheureusement, quand on voit à quoi ressemble la Pilaterie, quel gâchis ! Sans parler du périph, les bagnoles, le bitume partout, les usines vides ... La campagne affleurait Lille et pouvait fournir les marchés alentours, sans faire des milliers de km aujourd'hui et les conséquences directes (bilan carbone, transport etc) ... Et dire que l'urbanisation continue, sans parler de l'étalement urbain ... A savoir qu'il subsistait un dernier bâtiment de ferme (pas celle ci) près du collège actuel, avenue Zola près de Mons Sart) mais il a été abattu récemment ...


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En février 2014, Alain Cadet a publié dans La Voix du Nord, une série de trois articles consacrée aux belles aventures du milieu du XXe siècle.

Les belles aventures du milieu du XXe siècle
Jean Deflandre : industriel et créateur (1/3)


Jean Deflandre naît au début du siècle à Braine-le-Comte (B). Son père, Armand, le chef de la quatrième génération d’une dynastie de brasseurs, est un excellent technicien de la bière. Sa réputation dépasse les frontières du royaume. Louis Boucquey de Caesteker, un businessman, qui possède une brasserie à Lille et une malterie à Saint-André, fait appel à lui pour réorganiser sa production. Ainsi, le petit Jean fera-t-il ses études à Lille. Il y démontre beaucoup de talent et intègre l’École supérieure de brasserie de la faculté des sciences de Nancy où il obtient (avec mention) le titre envié de maître-brasseur. Le jeune Jean Deflandre, bien formé, héritier d’une famille brassicole, a tout pour réussir. Il se montre très ambitieux. Il obtient de son père l’autorisation d’une année sabbatique. Il veut étudier, in situ, les méthodes de fabrication des meilleures enseignes européennes. Au Danemark, il va rencontrer sa future épouse. Elle est la fille d’Albert Hansen, le directeur du laboratoire de chimie qui met au point les levures des bières danoises.
En Angleterre, il va connaître la seconde grande aventure de sa vie. Lors de son séjour dans la brasserie anglaise Kingston Upon Thames, il découvre de nouvelles bières inconnues en France. Utilisant la fermentation haute, elles sont gourmandes en malt d’orge, brunes, goûteuses et assez alcoolisées. Jean Deflandre songe à créer sa propre bière brune, à la française. En 1935, il succède à Armand à la direction des Brasseries du Pélican, près du port fluvial de Lille. En deux ans, il met au point la Pelforth 43 (Pel comme pélican ; forth parce que cela fait anglais et 43 parce qu’il faut 43 kg de malt d’orge par hectolitres de bière… du jamais vu à l’époque). Cette brune, unique, va connaître un succès considérable. Il s’en produit beaucoup en même temps que Jean continue à brasser les bonnes vieilles bières du Pélican imaginées par Armand. La guerre survient… L’occupant invente chaque jour des restrictions nouvelles. Jean Deflandre n’en a cure. Il vient d’être démobilisé et achète toutes les matières premières disponibles (orge, houblon, etc). Quand il n’en trouve plus, il continue à produire de la bière avec à peu près tout… même de la betterave. Tandis qu’à la Libération, ses concurrentes sont exsangues, la minuscule Brasserie du Pélican tourne jour et nuit. Elle est devenue, en volume de production, la première de la région.
Dans les années 1950, Jean Deflandre rachète les Brasseries coopératives monsoises dont la production a chuté considérablement pendant l’Occupation. Le site est vaste et possède un énorme potentiel. L’eau de son sous-sol est d’une qualité incomparable. En 1970, on produit à Mons 150 000 hl de Pelforth brune. En 1972, le Pélican prend le nom de « Brasserie Pelforth », la marque la plus connue. Toutes bières confondues, il se produit alors 1 million d’hectolitres sur le site de la Pilaterie, devenu la plus grosse brasserie du Nord. Novateur, visionnaire, Jean Deflandre est en même temps un patron à l’ancienne… très proche de ses ouvriers. Il met en place dans les douves de l’ancien château Scrive-Rousselle, attenant au site, un espace de pêche dédié aux loisirs du personnel quand, dans le même temps, il investit dans les machines les plus modernes. Ses créations, les différentes Pelforth, existent toujours. Elles contribuent au succès du site de Mons, le plus gros centre de production en France d’Heineken, qui a pris la succession de l’industriel légendaire. A. C. (CLP)


Mons-en-Barœul : À la Pilaterie, on faisait de la barque en 1935
Publié le 28 février 2014

Par La Voix du Nord

Dans une édition précédente nous avons relaté les souvenirs de Jean Deflandre, qui a dirigé longtemps la brasserie de la Pilaterie (ancienne Brasserie coopérative monsoise et actuellement Heineken).
Il avait installé, sur un terrain adjacent, un espace de pêche pour ses employés en réaménageant un plan d’eau existant. Ce dernier faisait le tour d’une propriété qui comprenait le château Scrive-Thiriez et la ferme Rousselle-Leterme (appelée aussi, à Mons, ferme de la Pilaterie). Si pour les Scrive, qui habitaient rue de l’Arc à Lille, il s’agissait une résidence d’été, pour les Rousselle, en toute saison, c’était leur lieu de travail. En 1935, ou plus tard, sur ce plan d’eau, on pratiquait le patinage et la luge, l’hiver ; la baignade et les promenades en barque, l’été. Les enfants du lieu n’hésitaient pas à construire des radeaux de fortune pour s’aventurer sur l’étang.
Le classement du site en zone industrielle a conduit à l’expropriation et à la démolition de tous les bâtiments. A.CA. (CLP)





Les belles aventures du milieu du XXe siècle
Jules et Claude Crapez, inventeurs  (2/3)

Peu de Monsois se souviennent encore de Jules Crapez et de son fils, Claude. Ils avaient leurs ateliers rue Chateaubriand (aujourd’hui disparue) et leur maison, au carrefour des rues Franklin et de Gaulle, C’était une grande bâtisse de bois avec un parc arboré surnommée « le Château », détruite en mai 1940, lors d’un bombardement. Après-guerre, on a reconstruit différemment, avec la maison au fond du parc. Jules et Claude partageaient la même passion pour la recherche appliquée. Ils imaginaient sans cesse de nouvelles inventions pour l’industrie, alors très dynamique dans le Nord.




Jules naît à Saint-Amand en 1889. Il fait ses études à l’Institut industriel du nord de la France (actuellement IDN, École centrale de Lille) En 1909, il obtient le diplôme d’ingénieur en génie civil (section électricité). Il s’installe dans la banlieue lilloise et fonde une famille. Il a deux fils, Léon et Claude. Ce dernier suivra la voie du père et deviendra un spécialiste de la mécanique des fluides. Dès lors, les deux hommes travaillent ensemble. Ce sont leurs deux noms qui, à partir des années 1950, figurent au bas des brevets. On peut en dénombrer plusieurs dizaines. La plupart concernent la maîtrise du degré hygrométrique de l’air.




Les produits phares du début sont L’Humiflux (1932) et le Psychromètre (1939). L’Humiflux pulvérise l’eau en fines particules propulsées par un puissant ventilateur dans les ateliers. Son application couvre différents champs industriels : filatures, bonneterie, tissages, tabacs, cuirs, papiers, etc. Le Psychromètre mesure « en temps réel » le degré hygrométrique de l’air. En couplant les deux appareils on peut, de manière automatique, maintenir un local industriel dans ses conditions atmosphériques optimales de production. Ces systèmes sont diffusés avec succès sous la marque Oasis. 



À partir des années 1960, Oasis souffre avec ses clients, concurrencés par les pays à bas salaire. Jules et Claude inventent de nouveaux procédés qui permettent de fluidifier les encres d’imprimerie. Ils fabriquent aussi des cages et serres pour laboratoire, où l’on peut maîtriser la température, le degré hygrométrique, la périodicité de l’ensoleillement. La faculté d’Orsay ou l’INRA feront partie de leurs clients.



Après le décès de Jules, l’activité continue à décliner. Claude, qui s’établit dans les Deux-Sèvres. est contacté par un pépiniériste du Lot-et-Garonne pour adapter l’Humiflux aux besoins agricoles. Nouveau départ pour Claude qui reconditionne la vieille invention et crée l’Humidifère. Le bouche-à-oreille fait le reste. Claude sillonne toutes les régions viticoles de France et de Navarre pour y mettre au point ses installations. Claude nous a quittés en 2009, à l’âge de 90 ans.



Jusqu’au dernier instant de sa vie, il aura réfléchi à de nouvelles inventions. A. C. (CLP)





Les belles aventures du milieu du XXe siècle - Maurice Dagbert, supercalculateur (3/3)

Publié le 27 février 2014
Par La Voix du Nord

On raconte beaucoup d’anecdotes à propos de Maurice Dagbert. Il est né en 1913 à Calais mais a résidé la plus longue partie de sa vie, rue du Général de Gaulle, à Mons.



Maurice Dagbert dans une de ses démonstrations, en 1952.




On vous dira qu’il était aimable lorsqu’on le croisait sur le trottoir ou bien encore qu’il passait de longues heures à cultiver son jardin, spécialement les poireaux, ses légumes préférés. Le week-end, il partait sur la côte, pêcher en mer.



Mais Maurice Dagbert était le plus souvent très loin de chez lui : le petit homme tranquille se transformait alors en grande vedette internationale capable d’attirer les foules. Il a été, de longues années, le calculateur prodige le plus célèbre du monde. Robert Diligent (frère de l’ancien maire de Roubaix et créateur de la radio RTL en 1955) raconte : « À ses grands talents de calculateur s’ajoute une prodigieuse mémoire. On comprend l’enthousiasme provoqué en France, en Belgique, en Suisse ou en Italie. Au théâtre lyrique de Milan, 3 000 spectateurs le rappelèrent sept fois sur scène. Aussi bien que Caruso ! », lui confia le directeur du théâtre à son entrée en coulisse (Nord France, 1952).



Le Monsois était le fils spirituel d’Inaudi, un italien au prodigieux numéro de calcul mental, qu’il avait rencontré à Calais, à l’âge de 17 ans. À 11 ans, il extrayait en quelques secondes la racine cubique d’un nombre de 10 chiffres et donnait instantanément la réponse des problèmes le plus compliqués imaginés par son instituteur.
Pourtant, en classe, il était considéré comme un cancre et un tricheur. Souvent puni, écœuré par l’école, Maurice Dagbert, avait trouvé un travail de comptable dans une sucrerie. Il était aussi membre de l’orchestre des Arts de Calais, un très bon violoniste, sans pour autant pouvoir envisager une carrière internationale.


Quelques années avant la guerre, il se remet au calcul mental. Fait prisonnier en 1940, sa longue captivité lui fournit l’occasion de se perfectionner. À la libération, il est prêt à entamer une nouvelle carrière. Au début, Maurice joue du violon tout en réalisant ses calculs mais, comme cela ne fait pas sérieux, il simplifie très vite son numéro.
La presse de l’époque ne tarit pas d’éloges pour commenter les prestations de Maurice Dagbert : « Énigme du siècle, phénomène du calcul mental… » ; « Doué d’une mémoire prodigieuse, il l’est aussi d’une intelligence et d’une puissance de raisonnement qui confondent l’imagination » ; « Ce n’est plus un mathématicien, c’est un jongleur… » ; « Il vous dit en clignant de l’œil combien de secondes vous avez vécu. »
Il n’hésite pas à répondre à une invitation de l’académie des sciences, que résume ainsi le communiqué du ministère de l’Éducation nationale : « Une série d’opérations que les machines les plus modernes de l’Institut Poincaré avaient mis 2 h 30 pour mener à bien, ont été résolues en une demi-heure par Maurice Dagbert devant l’illustre académie. »

L’extraordinaire talent du Monsois reste une énigme. Certains parlent de « don ». Il pouvait être très fragile. Maurice Saltano, qui partageait avec lui l’affiche du festival de magie raconte qu’un jour, à Marseille après une « choucroute trop bien arrosée » Maurice Dagbert se mit à se tromper dans ses calculs. Les quolibets de la salle le dégrisèrent. Il termina de manière impeccable et les spectateurs crurent que l’épisode du début faisait partie du spectacle.

Le jardinier, pêcheur, musicien, mathématicien, saltimbanque est l’une des figures les plus attachantes des rives du Barœul et de la mer du Nord. A.C.(CLP)



Un autre article est paru dans la Voix du Nord le dimanche de Pâques, le 16 avril 2017




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En mars 2014, une autre série de 3 articles est parue sur la rue du Général de Gaulle





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Fin octobre, début novembre 2013, Alain Cadet a publié dans La Voix du Nord, une autre série de trois articles.

Mons-en-Barœul : les belles chroniques des années 1950 de Henri Jolibois (1/3)


Le 14 février 1950, les lecteurs monsois de Nord Éclair découvraient une nouvelle plume sous un article intitulé : « Mons-en-Barœul, le village aux cent malheurs, accueillit dans ses murs Louis XIV et Turenne ». Cette vaste fresque historique est signé H.J. Il s’agit d’Henri Jolibois, jeune journaliste à l’époque.


Henri Jolibois était l’un des fils du secrétaire général de la mairie de Mons-en-Barœul. Il est naturel qu’il ait eu envie de parler de sa commune. Il prévient de son intention d’écrire la suite « de l’évolution de la commune de 1900 à nos jours ». Son travail a fait preuve d’une belle érudition !

« Le village de Mons-en-Barœul, appelé alors Mont-en-Bareuil, à cause, de sa construction sur une hauteur, existait déjà en 450 après J.-C. On y a trouvé, lors de fouilles, une médaille frappée à l’effigie de Placide Valentinien qui tomba sous les coups de poignard de Pétrone Maxime, le 16 mars 454, pour s’être rendu coupable du meurtre du général romain Aelius », écrit-il.
On passe ensuite au 11 juillet 1302 : « Les Flamands, à la poursuite des armées de Philippe le Bel, ravageaient les environs de Lille. Le village s’en ressentait… À la mort de Louis XI, Mont en Bareuil connut le pillage. En 1566, les Gueux firent aussi des ravages ».
Puis vient, en 1667, le temps des envahisseurs français : « Turenne faisait le siège de Lille. Ses puissantes armées s’installèrent sur le versant du village. Le Roi Soleil conversa avec Turenne à Mont en Bareuil, avant de signer la paix dans une ferme de Fives ». Cette signature de l’acte de reddition, rue de Lannoy, est immortalisée par un tableau du peintre Van Der Meulen, que le roi fit mander sur le champ.

Henri Jolibois aurait pu ajouter un détail monsois. Les vieux généraux étaient partisans d’attaquer Lille par l’Ouest où, si le sol était marécageux, la muraille était très basse. Mais Vauban, jeune ingénieur du génie militaire du roi, n’était pas de cet avis. Il avait fait le tour de Lille à cheval et avait remarqué que côté Est, si les murailles étaient puissantes, elles étaient aussi en bien mauvais état. Une route serpentant sur les hauteurs de Mons-en-Barœul, évitait les marécages et permettait d’acheminer les lourds canons du roi. Le Roi Soleil trancha et confia à Vauban le soin de prendre la ville.

Vauban épata Louis XIV

C’est ainsi que passant par l’actuelle rue du Général-de-Gaulle l’artillerie royale se dirigea vers les portes de Roubaix et de Fives. Elle fit merveille car Vauban avait perfectionné un système de tranchées capable de mettre l’artillerie à bonne portée des murailles, en réduisant les pertes humaines. En neuf jours, la ville fut prise au grand émerveillement du roi qui s’attendait à un siège bien plus long.

Henri Jolibois relate ensuite un autre siège : celui de 1708 où le général Marlborough s’étant installé dans le village. « Les 84 canons et 60 mortiers des défenseurs qui crachaient la mort sur l’envahisseur » détruisirent en grande partie Mont en Bareuil.

Ainsi Henri Jolibois achève-t-il le récit des malheurs du village. A.C. (CLP)


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Demain, notre deuxième volet des belles chroniques des années 1950 de Henri Jolibois : l’église Saint-Pierre.


Retrouvez la suite des belles chroniques des années 50 d’Henri Jolibois sur l’histoire de Mons-en-Barœul. Notre deuxième volet avec l’église Saint-Pierre.

Mons-en-Barœul : les belles chroniques des années 50 d’Henri Jolibois (2/3)

Le 23 février 1950 paraît un nouvel article signé Henri Jolibois (lire notre précédente édition). Il est intitulé : « Construite en 1844, l’église Saint-Pierre connut au cours du demi-siècle des heures pénibles mais aussi d’heureux événements. » Henri Jolibois était bien placé pour parler de son église. La maison de ses parents se trouvait rue Jean-Jaurès. Ainsi, la famille n’avait que quelques pas à faire pour se rendre à la messe.

Henri Jolibois commence son histoire le 5 mars 1906. Une loi du 9 décembre 1905 a décrété la séparation de l’Église et de l’État. Un inventaire des biens de chaque paroisse doit être établi par le préfet. Pour la plupart des catholiques il s’agit d’une forme de spoliation contre laquelle ils sont décidés à lutter par tous les moyens. Le 5 mars, quand une compagnie de Chasseurs à pied prend position devant le parvis de l’église, les paroissiens se retranchent à l’intérieur, chantant des cantiques. Voici comment Henri Jolibois relate les faits : « Monsieur l’abbé Rigaut, son vicaire l’abbé Briet, et les courageux paroissiens s’opposèrent à cette manifestation antireligieuse en barricadant les portes de l’église avec des chaises, des fauteuils, des barres de fer et des pavés. Arrivés, vers 10 h, le représentant du préfet et le percepteur ne purent pénétrer à l’intérieur du sanctuaire que vers 16 h. »


L’auteur poursuit son évocation des malheurs de Saint-Pierre. Les Allemands ont ainsi volé les deux cloches, le 22 mars 1917. La plus grosse pesait 880 kg et portait comme inscription : « Je me nomme Henriette. J’ai été bénite en juillet 1885 ». Sur la plus petite, 219 kg on pouvait lire : « Je me nomme Pierre. Je suis venu remplacer une devancière provenant du prieuré de Fives, qui a perdu la voix après 300 années d’existence ». Un peu plus loin, le journaliste ajoute : « Plus tard, l’ennemi enleva aussi les tuyaux d’orgue pour récupérer le métal. »

Après-guerre, vient le temps de la reconstruction. Le 18 décembre 1921 se déroule dans la paroisse la cérémonie de la bénédiction des nouvelles cloches qui reçoivent les noms de « La Victoire » et de « La Paix ». La Paix, d’un poids de 365 kg donne le la dièse. Quant à la Victoire, elle pèse 860 kg, et donne le la naturel. La Paix et la Victoire rythment depuis cette époque les événements heureux et malheureux de la paroisse.


En 1931 un grand chantier de rénovation et d’agrandissement de l’église est entrepris : « L’administration municipale avait envisagé la nécessité d’entreprendre des travaux d’extrême urgence dans l’église qui menaçait de crouler. D’autre part, avec l’accroissement de la population, l’église ne tarda pas à se révéler trop petite. » C’était le temps où Émile De Goedt, membre d’une formation démocrate-chrétienne, était maire de la commune. Il régla les arriérés de factures datant de la construction de l’église et mena à bien les nouveaux travaux qui donnèrent à l’édifice son aspect actuel. On est presque à la fin du récit : « Les travaux furent bénis le 11 décembre 1932, au cours d’une cérémonie présidée par le cardinal Liénart. En 1938, on démolit quelques maisons anciennes ce qui contribua à mettre en valeur les lignes combien harmonieuses du bel édifice restauré. » À suivre… A. C. (CLP)


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Mons-en-Barœul, les belles chroniques des années 1950 : Le piano mécanique du « Grand Trocadéro » (3/3)


Le carrefour du Trocadéro en octobre 2013, alors que se construit la Résidence du même nom sur la surface laissée par l'ancienne station d'essence BP et des ateliers municipaux. Difficile d'imaginer qu'on se situe exactement à l'emplacement du café du Trocadéro et de son piano mécanique (carte postale colorisée ci-dessous). Un seul élément a survécu ! C'est l'arbre, en l'occurrence une espèce rare, il s'agit d'un tulipier sauvé grâce à l'intervention d'Anne-Marie Delpierre. (Photos de Jacques Desbarbieux - Association Eugénies)



Au cours de l’année 1950, dans le journal Nord-Eclair, deux articles signés H. J., pour Henri Jolibois, traitent de l’histoire de la ville, des origines jusqu’aux années 1930. C’est le début d’une série qui devrait couvrir, selon son auteur, « l’évolution de la commune, de 1900 à nos jours ». 

Le lecteur attendra patiemment la suite jusqu’au 15 juin 1959, où revient sous la plume du même journaliste, Henri Jolibois, un reportage sur Mons intitulé Un piano mécanique (grâce à dix centimes) distribue valses, fox-trot, tangos et mazurkas. André Caudron, à l’époque son collègue à Nord Eclair, propose une explication : H. J. vient d’être chargé d’assurer les relations avec la ville de Lille et se doit de relater les grands événements qui y ont lieu. C’est un travail considérable. Très occupé à Lille, l’ancien Monsois délaisse sa commune de naissance.



Le piano mécanique de l’article se trouve tout au bout de la rue principale du Vieux Mons. « Tous les Monsois connaissent le café Au Grand Trocadéro et ses sympathiques tenanciers, Monsieur et Madame Georges Defever, au 268, de la rue du Général de Gaulle, écrit H J. Nos braves cafetiers conservent jalousement dans leur établissement un vieux piano mécanique acheté par Monsieur Defever père, en 1918. »



Cette antiquité a été fabriquée à Nice par les établissements Nallino. Elle a la particularité de fonctionner avec des pièces de 10 centimes d’après la guerre de 1914. Dans cette année 1959, qui va connaître la naissance du « franc lourd », la petite monnaie des années 1920 est devenue légèrement rétro.



Joseph Nallino
L’instrument de musique offre dix morceaux différents. Le journaliste les a notés avec grande précision : « Valse, De Déliris ; One step, L’Amour ; Fox trot, L’Amazon ; Valse, Capitan Fracasse ; One Step, De Berna ; Tango, Nuit Arabe ; Mazurca, De Maria Bricea ; Valse, de Buca Neve ; Fox Trot, Quand j’entends l’son du Banjo ; One Step, Pyramid. »



Alex Wilson qui, aujourd’hui, a facilement dépassé les 80 ans, se souvient d’avoir vu jouer ce fameux piano mécanique. Le Grand Trocadéro était un estaminet très populaire. Il donnait des bals et, une fois par an, on y élisait Miss Mons. Alex possède une photographie où on le voit, dans la cour du café, un jour de fête, peu après la Libération.



H. J. poursuit son récit : « Monsieur Defever tourne une manivelle qui déclenche une musique d’un autre temps. Ce n’est plus le Mons de 1959 mais le Mons d’après-guerre, qui renaît. On voit à travers les rêves, les clients et clientes en gibus et crinolines avec des chapeaux, melon ou élégamment décorés d’hirondelles et de grappes de fruits, des pantalons étroits de nos grands-parents ou de nos arrière-grands-parents. Le piano mécanique, en nous faisant rêver au passé, nous permet de nous évader du temps présent. »


La société Tadini et Nallino qui a construit le piano mécanique du café du Grand Trocadéro était située à Nice. Cette maison avait des agences dans toute la France dont la société Screpel Pollet basée à Lille et Roubaix. 
On ne saura sans doute jamais comment Henri Jolibois aurait fini son histoire de Mons et ce qu’il aurait dit de la Deuxième Guerre mondiale dont le souvenir, en cette fin des années 1950, était sans doute encore très vivace. Mais il a fixé pour l’éternité l’image de ce Grand Trocadéro de 1959.
Quelques années plus tard, cet établissement, déjà désuet, et son piano mécanique, devaient disparaître sous les pelleteuses des démolisseurs, pour laisser la place à la ZUP.


La carte postale ci-dessus a été timbré en 1903. Elle a été agrandie ci-dessous pour mieux distinguer le café Au Grand Trocadéro avec les noms des tenanciers de l'époque Lagneau- Mallet au dessus de la porte. On voit sur la droite la maison des vins Tiers, emplacement occupé maintenant par le vétérinaire Eric Lacroix. Sur la gauche le premier cabinet d'architecture de Gabriel Pagnerre qui était donc déjà construit à cette époque. On imagine l'architecte allant écouter les airs de ce piano mécanique ... comme on a pu le faire revivre dans le film qui lui est consacré réalisé par l'association Fondus d'Images, avec une séquence enregistrée aux orgues de Herzeele.


S’il n’a pas fini son récit historique, Henri Jolibois, en effectuant ce reportage d’actualité, est devenu, sans le savoir, un personnage de l’histoire de sa commune. A.CA. (CLP)


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Alain Cadet a fait paraître, en août 2013, une autre série d'articles dans La Voix du Nord. En 7 épisodes retrouvez l'histoire de Mons-en-Barœul.





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Petite chronique estivale de la rue Franklin (1/4)

Monique et Michel n'ont jamais quitté leur quartier de naissance.

Monique et Michel Pollet se sont mariés il y a un peu plus de 52 ans. Leur vie est contenue tout entière dans les 100 mètres de trottoir qui vont de la rue de-Gaulle à la rue Franklin où ils ont emménagé au lendemain de leurs noces.

Michel est né au n° 118 de la rue du Général-de-Gaulle. Son père y tenait un commerce. Vingt numéros plus loin, au 98, vivait Monique. À l'époque, Mons était différente. « Du haut des 45 m du Fort, on voyait la campagne à perte de vue, se souvient Monique. La vallée de la Marque était bien visible. Elle serpentait à travers les champs. De l'autre côté, on voyait Lille avec son beffroi et, plus près, les deux villages : Ascq et Mons-en-Baroeul. » Monique et Michel s'amusaient dans le jardin de Mlle Sophie : « C'était assez grand et ouvert sur la rue , atteste Michel, Personne ne nous disait rien. Nous y avons joué jusqu'à l'âge de sept ans puis on s'est perdu de vue. » Les filles fréquentaient l'école Sévigné et les garçons l'école Rollin.

L'histoire commune pour Monique et Michel s'arrête pendant de longues années. En mai 1945, les parents de Michel emménagent au 31 de la rue Franklin. Ils y transfèrent leur commerce de serrurerie-poêlerie. « Cela ne veut pas dire qu'on vendait des serrures, précise Michel, même si on en vendait aussi ! On réalisait les travaux de structures métalliques. La plupart des vérandas du Vieux Mons de cette époque-là ont été forgées par mon père. Il mélangeait lui-même les carreaux de couleur. Certaines sont très belles. On vendait aussi des poêles pour le chauffage, qu'on nettoyait une fois par an. » Michel aide son père jusqu'à son service militaire, deux ans au Maroc. Il ne retrouve Mons qu'en 1958.

Et l'histoire s'accélère. Le lendemain de son retour, la veille du printemps, Michel nettoie la devanture du commerce familial quand Monique rentre du travai l. « Il nettoyait avec application, se souvient Monique. Il m'a dit : "Il fait beau, hein, mademoiselle ! Je viens de rentrer et ne me souviens plus de comment est Lille. Vous ne voudriez pas venir demain avec moi pour me faire visiter ?" J'ai pensé : Quel fieffé menteur ! Mais comme il était beau garçon, j'ai répondu : "Pourquoi pas ?". La semaine suivante, il m'a dit : "On se fiance à la Sainte-Monique et on se marie à la Saint-Michel". Le 20 septembre 1958, nous étions mariés. » Le couple emménage dans deux pièces, au 131, au-dessus du commerce. C'est presque confortable pour la rue où il arrive et où on vie à cinq ou six par pièce.

Michel continue la serrurerie avec son père, puis seul. Il finit sa carrière aux transports Baillivet, rue Franklin, à deux pas de sa maison.
Monique quitte son travail pour revenir à Mons et prendre la gérance de « Chez Yvette », une bonneterie située à l'angle de la rue Franklin et de la rue du Général-de-Gaulle. Pendant treize ans, elle vend aux dames du quartier corsets, culottes et soutiens-gorge. Parfois, lorsqu'elle rencontre une ancienne cliente, celle-ci la salue encore par un « Bonjour Mme Yvette ! » Monique et Michel ont vécu, rue Franklin, une vie heureuse. Ils ont eu deux enfants, garçon et fille. Lorsqu'ils se regardent, l'étincelle que l'on voit dans leurs yeux communique un peu de leur bonheur. « Des fois, on se dit que c'est trop grand pour nous deux et que nous devrions déménager, s'interroge Michel. Il y a encore 300 m² de terrain derrière la maison et j'appréhende ce que cela va bien pouvoir devenir. Mais je suis trop attaché à cette maison, à ce quartier. Je n'arrive pas à bouger et aller ailleurs. Jusque-là, ça va... » 
• A. CA. (CLP) La Voix du Nord


Petite chronique estivale de la rue Franklin (3/4)

La rue Franklin, au début du siècle, était une rue très vivante, emplie de commerces en tous genres.

Dans la rue Franklin, la multitude de petites boutiques qui s'y trouvaient jusque dans les années 1970 a disparu. Les cafés, les magasins d'alimentation et les bouchers tenaient le haut du pavé.

Monique, Michel et Daniel, des enfants de la rue, se souviennent : « Il y avait un monde fou qui vivait dans cette rue. C'était un endroit rêvé pour se constituer une bonne clientèle. » Pour se nourrir, on avait le choix entre les magasins ou les marchands ambulants. L'un deux parcourait quotidiennement la rue avec sa petite charrette. Il vendait des légumes et des moules et rachetait les peaux de lapin. À « l'Élevage avicole du Nord », on achetait des graines, des poulets et des œufs.

Il en émanait une épouvantable odeur d'excréments qui se répandait tout autour et descendait jusqu'au milieu de la rue. Parfois, quand le tas putride devenait trop important, M. Leclerc, le patron, les brûlait. Pendant deux ou trois jours, c'était pire ! Cela nuisait probablement au commerce desépiceries fines Peutevincke, Pruvost, Corman et Ringard. « On voyait les bocaux de bonbons dans la vitrine quand on passait devant le magasin , se souvient Michel.Sur le comptoir, il y avait un garde-manger pour protéger le fromage des mouches. » 

Il y avait aussi trois cafés : À l'Union de Dubus et Nivesse, le Bon Coin, que tenait Léon, et Le Café du commerce qui appartenait à André Lespagnol. Au milieu de la grande salle, se trouvait un jeu de bouchon. Michel, qui est l'un des derniers habitants de la commune à avoir joué au jeu de bouchon, se souvient : « Il y avait une grande piste en ciment recouverte d'une fine couche de sable au milieu de la grande salle. On y faisait glisser les palets métalliques. » Le Café du Commerce a été le dernier bistrot de la rue jusqu'en 1973, date à laquelle André Lespagnol a pris sa retraite.

La rue Franklin était surtout réputée pour ses bouchers. On venait y chercher la viande des autres rues. Le patron de la boucherie Duplouy s'appelait Pierre Deveveyer. C'était un excellent boucher-charcutier. Mais, le roi de la viande et de la tripe, c'était sans conteste Victor Van de Candelaere. Victor était Belge comme beaucoup de ses confrères. Il cuisinait un cassoulet dont il gardait jalousement la recette : une merveille... meilleure qu'à Toulouse !
Victor était aussi un peu libraire. Il distribuait à ses clientes fidèles une page par semaine d'un livre de cuisine qui expliquait les différentes recettes possibles avec la viande. « J'ai encore le mien !, s'exclame Monique en sortant un vieux livre jauni de son buffet de Formica.

Il est complet ! Il fait 166 pages ! » De cette rue Franklin, si remuante, si vivante, il ne reste que peu de chose. La fermette Hildevert a fait place à un lotissement et les transports Baillivet ont été démolis pour permettre l'accès au supermarché. Les petites boutiques ont toutes disparu. Elles sont devenues les habitations de nouveaux venus qui, le plus souvent, ignorent tout de leur histoire... invisible, hormis dans la mémoire de Monique, Michel et Daniel. • A. C. (CLP)