Parcs Decoster et Montaigne

Faut-il racheter les propriétés du Vieux Mons ?

Le conseil municipal va discuter du devenir des propriétés Decoster et Montaigne.

Un article paru dans la Voix du Nord du dimanche 30 septembre et lundi 1er octobre 1979. 

Faut-il ou non racheter les terrains disponibles sur le territoire de la ville ou laisser faire les promoteurs en essayant, autant que faire se peut, de veiller à ce qu'un minimum de dégâts ne soit occasionné à un environnement qui a déjà trop souffert du béton ?


La question se pose à chaque maire, mais elle prend à Mons plus d'acuité que nulle part ailleurs. Car le territoire de la commune est aujourd'hui plein. Le mouchoir de poche est quadrillé de propriétés privées ou publiques bâties et les occasions qui se présentent aujourd'hui ne se représenteront plus jamais. Forts de leur droit de préemption les élus ne peuvent plus se tromper car toute erreur serait irréparable.

 

Parfois les choix sont faciles : le long de la rue du Becquerel, la pâture Delarue reste le dernier vestige d'un Mons rural où paissent les animaux. Les bovidés ne gênent personne mais la Ville profitant de la révision du POS (entendez plan d'occupation des sols) qui limite la constructibilité des terrains a mis sur cet espace une option définitive. II manque sur ce « bas de Mons » un espace vert et bétonner cet endroit serait un crime. Là dessus il n'y a pas semble-t-il d'opposition et lors de la révision du POS un seul curieux s'est présenté à la mairie : le propriétaire qui souhaitait, et c'est assez naturel, savoir à quelle sauce l'on mangerait son dernier carré d'herbe.


Un parc le long de la rue de Gaulle


Sur le vieux Mons les choses sont moins simples. Les vieilles demeures bourgeoises d'antan qui s'étiraient le long de la rue de Gaulle et alentours sont toutes les unes après les autres vouées à de douloureuses mutations. Les héritiers n'ont plus souvent les moyens de subvenir à l'entretien de ces immenses bâtisses parfois délabrées. La crise de l'énergie rend ruineux un chauffage et un confort aujourd'hui jugé élémentaire. Seul valent encore les terrains sur lesquels ces petits châteaux ont été bâtis, et qui peuvent intéresser bien des promoteurs.



Trouvez donc 1 000 ou 2 000 mètres carrés pour y construire un lotissement de maisons ou un immeuble de rapport à moins d'un quart d'heure de la grand-place de Lille !


Or à Mons les choses semblent se précipiter. La propriété Decoster, au 88 de la rue de Gaulle est aujourd'hui inoccupée. Son propriétaire décédé, les héritiers n'ont pas encore tranché, mais l'on voit mal lequel d'entre eux irait retaper ce splendide château d'un siècle révolu. Tout porte à croire que la propriété sera un jour prochain mise en vente. M. Wolf maire de Mons préfère quant à lui prendre les devants.


Une trésorerie surabondante


Avant même que les premières démarches.ne commencent, il se déclare partisan de racheter pour la ville ce bâtiment et surtout le parc de 8 700 mètres carrés qui le borde. « il y a là, dit-il, de quoi faire pour les habitants du vieux Mons un jardin à l'ancienne. Quant au bâtiment moyennant quelques travaux il abriterait facilement une maison de quartier et une mini-crèche, ou d'autres activités si les demandes se précisent ».


La décision n'est pas prise, mais M. Wolf ne cache pas qu'il plaidera aux conseillers municipaux, qui prendront en toute liberté la décision, le rachat. La ville dispose dit-il d'une trésorerie « surabondante ». Les lenteurs administratives sont en effet telles que l'argent rentre plus vite qu'il ne sort. Un curieux phénomène, fait que, dans les finances communales à l'inverse des budgets familiaux, il est plus difficile de débloquer un crédit voté que de percevoir les impôts. L'argent prévu pour le Fort, ou pour le troisième stade dort sur un compte bloqué qui ne rapporte rien. Tant qu'à faire le rachat de la propriété Decoster que l'on estime à environ un million de francs serait un placement de père de famille pour tous les contribuables de la commune.


Et le parc Montaigne


On verra si les conseillers partagent sur ce point l'avis du maire.


Mais gageons que le débat sur la propriété Decoster ira vite. Beaucoup plus en tout cas que celui sur la propriété Montaigne, autrement plus complexe.



Là, dans une enclave de 5 600 mètres carrés entre la rue de Gaulle et le béguinage des « mille roses » un beau terrain planté de magnifiques arbres sommeille inutile et inconnu de tous. L'histoire de ce parc Montaigne, nous en avons raconté les premières péripéties. La famille propriétaire souhaitait y bâtir un immeuble de rapport pour une vingtaine de logements de standing. Mais il fallait pour ce faire passer et les riverains de l'avenue du Trocadéro, soutenus, sinon poussés, par le maire, ne l'ont pas voulu.


Co-propriétaires de la voie ils se sont efficacement opposé au passage des réseaux d'assainissement indispensables pour l'obtention du permis de construire. Le maire en s'alliant aux riverains de l'avenue du Trocadéro ne cachait pas ses ambitions : racheter à bas prix un terrain qu'il eut pu facilement faire tomber dans le patrimoine communal pour en faire profiter toute la population. Las : Vainqueur de la première manche, M. Wolf a perdu la seconde. La famille Montaigne, six mois plus tard, revenait à l'assaut sortant son dernier atout : le 202 de la rue de Gaulle leur appartient. La maison rasée, il sera facile de sortir de l'enclave.


La carte est maitresse et le coup est imparable


Entre temps le projet immobilier a évolué. La famille s'est trouvé un acquéreur-promoteur la SACI, qui se propose de transformer les 5 600 m2 en un joli lotissement d'une vingtaine de maisons individuelles qui, selon le projet respecterait, à trois exceptions près, les plantations d'arbres.


La ville peut encore s'y opposer en faisant valoir son droit de préemption. Mais elle devra payer le prix fort, entre 6000.000 F et un million de francs - Les Domaines en décideront -


Le jeu en vaut-il la chandelle


Rien n'est moins sûr. S'il est incontestable que la propriété Decoster vu sa situation offrira un jardin facile d'accès, il n'en est pas de même pour la propriété Montaigne qui est trop enclavée pour attirer la foule des promeneurs. De toutes les façons l'entretien de cet espace coûtera fort cher.


A l'inverse, laisser construire un lotissement de bonne qualité, et où les promoteurs se déclarent prêts à laisser ouvert le parc commun aux 20 logements pour les retraités du béguinage voisin, est un bon moyen de faire supporter les frais d'entretien à d'autres. Mieux, cela accroîtrait le revenu de l'impôt et l'on sait qu'à Mons le poids des charges par tête d'habitant est excessivement lourd.


M. Wolf avoue n'avoir pas encore pris sa décision. Mais il ne cache pas qu'il penche plutôt pour le rachat. La propriété servirait aisément de base nature au centre aéré du Barœul trop l'étroit sur son terrain. Quelques bâtiments ne détruiraient pas le site. Et puis ce serait un moyen de préserver cet espace pour l'avenir. Le maire présentera pourtant tous les aspects du dossier aux conseillers municipaux en les laissant parfaitement libre de leur choix et en souhaitant qu'au sein des deux groupes puisse s'ouvrir « un débat non politique » c'est-à-dire sans consigne de vote de l'une ou l'autre formation, ce qui est trop souvent le cas.


Conseil municipal à l'ancienne mairie


Le reste sera sans doute plus simple à régler. Le reste c'est-à-dire la propriété Swynguedauw, au 224 rue de Gaulle, la demeure propriété d'une très vieille famille monsoise est elle aussi à vendre.


Avec son parc de 2 800 mètres carrés et ses immenses pièces elle ne présente pas vraiment d'intérêt pour la ville et les habitants du vieux Mons. D'ores et déjà un médecin pédiatre s'est porté acquéreur de l'ensemble. Il semble que rien ne doive entraver cette transaction. Seul restera en suspens le problème du « tennis » attenant à la propriété et qui devrait faire l'objet d'une vente particulière.


Si la ville a acheté le parc Montaigne juste limitrophe ce peut être intéressant de le racheter ne serait-ce que pour y construire un bâtiment sans abîmer les très beaux arbres de la propriété.


Cela fera l'objet de débats. Le maire souhaite des discussions les plus poussées sur ce sujet. Il invite la population monsoise et principalement celle du vieux Mons à participer au prochain conseil municipal qui se tiendra le 12 octobre pour la circonstance dans la grande salle de l'ancienne mairie rue de Gaulle. Les auditeurs pourront intervenir au cours de l'interruption de séance.


Régis Verley


Note complémentaire de Benoît Bonnaillie :


Dans cet article, il est fait mention que les Montaigne ont indiqué au Maire être propriétaires du 202. Ce n'est pas tout à fait exact : ils étaient propriétaire uniquement d'un viager. En effet, d'après mes recherches concernant la Villa Saint-Luc : 
Au décès de sa mère en 1954, Geneviève Rammaert vend la Villa en viager à M. Dassonville. Le viager est transféré aux Montaigne en 1974. Geneviève Rammaert décède en 1983 et les Montaigne n'ont plus d'intérêt à conserver la maison. Elle est vendue aux Lemaire. 

Ce qui veut dire, que c'était un coup de bluff des Montaigne car pour démolir la maison il aurait fallu attendre le décès de Geneviève Rammaert, survenu 10 ans plus tard ! 

Note complémentaire de Jacques Desbarbieux :


La propriété Decoster a été racheté par un médecin homéopathe le Docteur Josette Boet et son mari Alain.


Le parc Montaigne (ancien parc du Trocadéro) est devenu le Parc Gabriel Pagnerre. Cette décision a été prise par Rudy Elegeest, le maire qui a succédé à Marc Wolf, à la suite de la grande manifestation consacrée à cet architecte.