La Maison Blanche

 Ces 4 cartes illustrent la Maison Blanche qui était située au n° 381 route de Roubaix (devenue rue du Général de Gaulle). Elles portent la mention " Photo Nuez Lille ".


Ces très rares vues sont ici montrées avec le recto et la correspondance au verso.

Il s'agit parfois d'écrits et de poèmes de Pierre Valdelièvre un écrivain lillois, né le 25 juin 1876 au n° 22 rue Jacquemars Giélée, qui a demeuré quelques années à cette adresse monsoise (entre 1925 et 1932). Une bâtisse suffisamment grande pour accueillir une famille avec 6 enfants. Pierre Valdelièvre fut président de l'Association des chefs de familles nombreuses.


La façade de la " Maison Blanche " avec son escalier d'honneur. Ce lieu fut habité par Pierre Valdelièvre jusqu'en 1932 avant de devenir un établissement de convalescence. Photo Nuez Lille.


Le salon de la " Maison Blanche "
Photo Nuez Lille


Le parc de la " Maison Blanche "
Photo Nuez Lille


La tonnelle au fond du parc de la " Maison Blanche "
Photo Nuez Lille


Carte postale adressée, au 6 rue du Saint Gothard Paris XIVème, le 9 juin 1925 par Pierre Valdelièvre à Omer Bouchery, premier des seconds grands Prix de Rome, qui illustrera certains de ses poèmes. Ce dernier s'est installé à cette adresse à partir de 1919.


Le dos de cette carte postale porte le cachet de la poste en date du 13 avril 1929, ainsi que le tampon de l'adresse du poète au n° 381 Route de Roubaix à Mons-en-Barœul. Tél : 28.


Texte au dos de la carte postale adressée par Pierre Valdelièvre le 19 janvier 1926 : " Chère Madame. Je me fais un plaisir de vous envoyer ci-joint une petite poésie qui a été dite par une de mes filles à mon Père, qui vient de fêter ses 80 ans, entouré de ses 38 enfants et petits-enfants."


" Le Barœul "

 

Barœul, terroir sacré, cœur-même de la Flandre

Arène de combat, champ-clos sacrifié

Et sans cesse immolé sous le choc meurtrier

Des guerres, ne laissent que ruine et que cendre

 

Te voici cependant sorti purifié

Des griffes de ce Hun qui voulait nous apprendre

Que ne pousserait plus jamais l’herbe tendre

Sous l’empreinte maudite où se poserait son pied

 

Et quand nous regardons se dérouler ta plaine

Ta belle plaine grise, où tout au loin se traine

Un peu de brume bleue au ras des moissons d’or

 

Un point retient là-bas l’œil avec insistance 

C’est Bouvines debout dominant le décor

Bouvines, rude enclume où se forge la France !

 

Pierre Valdelièvre, juillet 1926


Quelques principaux écrits de Pierre Valdelièvre :

Joies et tristesses, Poésies de paix, poésies de guerre (1922 chez Blaizot),
Une recappée Madame D'Hoëst-Dentant (1930 au Mercure de Flandre),
La Terre (1933) Passe de la mer (1933),
Poème du vent (1933),
La psychologie du poète (1933 à la Caravelle),
Hymne à La Flandre : poèmes dialogues (paru post mortem en 1988 édité par le foyer culturel de l'Houtland).

Il nous a laissé une quarantaine de volumes, essentiellement des poèmes et quelques pièces de théâtre.


Biographie

Le 25 juin 1876, né à Lille, au n° 22 de la rue Jacquemars Giélée, Pierre Paul Louis Marie Valdelièvre.



C'est en 1984, que cette plaque fut apposée sur sa maison natale au 22 rue Jacquemars Giélée à Lille, à l'occasion d'une exposition évoquant son œuvre à la bibliothèque municipale de Lille. 



La maison natale de Pierre Valdelièvre

Cliché de Jacques Desbarbieux © 2026

 

Il descend d’une famille de fondeurs calaisiens puis lillois. Il écrit dans " Statues et portes de Lille " : " J'y ai vécu pendant quinze lustres ".


C'est le deuxième garçon de Jeanne Clara Fontaine (1849-1880) et de Georges Pierre François Valdelièvre (1845-1932) qui se sont mariés le 11 avril 1871. Avant-lui étaient nés Georges en 1872, Jeanne en 1873 et Marthe en 1874. Puis se sera la naissance en 1877 de frères jumeaux morts-nés et de Anne-Marie en 1979. 



En 1880, il devient orphelin de mère, à l'âge de 4 ans. Son père se remarie, alors qu'il a 10 ans, le 6 juillet 1886, avec Alice Emile Pauline Le Blan (1851-1935), il aura un demi-frère, Jean né en 1887, et une demie-sœur, Antoinette, née en 1888.

Pensionnaire au collège Notre Dame de Boulogne, il y jouit du spectacle de la mer en toutes saisons. S’en suivra plus tard, en 1932, l’écriture de " La Poésie de la Mer ". Ses productions en vers circulent parmi ses camarades de lycée, sous l’œil bienveillant de certains professeurs. Il écrira " Un gars de Flandre " et, en admirateur du premier empire " En joue… Feu ! ou La Mort du Roi Murat ".


En 1893, c’est le baccalauréat ès lettres. Il passe avec aisance l’oral d’anglais à la faculté des lettres de Lille. 


Il entre à l'École supérieure de commerce de Lille.

Comme activité artistique, il reprend celle de choriste, « dérivatif indispensable aux études ardues et au labeur soutenu ». Retrouvant quelques amis du collège, il propose de publier une revue littéraire sous le titre : " Essais littéraires ", dans laquelle chacun rivalise d’originalité.


Diplôme obtenu en 1897, c’est en octobre qu’il est envoyé à Maubeuge à la caserne Joyeuse.


Il entre dans l'industrie familiale de fonderie de cuivre de Georges Valdelièvre père et fils, située rue des Tanneurs à Lille. 



Cet extrait du Bulletin mensuel de la société industrielle du Nord de la France, n° 220 de janvier 1922, donne deux adresses pour la fonderie.


Le 20 mai 1901 à Lille (acte n° 788 mairie de Lille), il épouse à 24 ans Louise Danel (1882-1962), d’une vieille famille lilloise. Le couple s’installe à Lille où : « nous connûmes un paisible bonheur familial où sont nés les quatre aînés de mes enfants ».



Les époux Louise Danel et Pierre Valdelièvre 
lors de leur cinquantième anniversaire de mariage en 1951.


Le couple aura 6 enfants vivants et une fille mort née en 1902, 4 filles naîtront avant-guerre (Simone 1903, Bernadette 1904, Anne 1906, Cécilia 1909) et 2 garçons (Paul 1920, Michel 1922) après celle-ci. 


En 1912 il présente des vers " Les Heures émues " au concours de poésie de La Société des Rosati, société artistique fondée à Arras en 1778. Il s’intéresse aux nombreuses sociétés de poésie et y présente ses œuvres à chaque concours.


Voir la fête des Rosati à Mons-en-Barœul


Le 2 août 1914, la mobilisation générale est ordonnée, suivie de la déclaration de guerre du Reich allemand à la France. Pierre est envoyé à Maubeuge qu’il retrouve via Valenciennes. La rancœur de 1870 est tenace. La supériorité de l’armée allemande va mettre la ville en ruines en 10 jours et les bataillons sont faits prisonniers. Il rédige un petit journal sur cette période : " Le Siège de Maubeuge ", qu’il plie et cache dans la poignée de sa valise. Il le rapportera chez lui en 1918. Il retrouve son épouse et ses enfants. Deux garçons naissent en 1920 et en 1922. L’entreprise familiale se reconstitue. Il décide de rédiger le récit de sa captivité : " Les Bagnes d'Allemagne ".


Les vacances à Étretat lui inspireront " Joies et Tristesses ", qui paraît en 1922.



" Joies et tristesses, poésies de paix, poésies de guerre " 
achevé d'imprimer par L. Danel le 15 septembre 1922
avec des dessins de A. Dury 
pour le compte de l'éditeur parisien A. Blaizot


À ce membre de la Société des gens de lettres, la société des Rosati de Flandres lui offre la vice-présidence de cette association en 1923. Il en occupera la présidence de 1925 à 1945.



" Ma Petite Patrie, poèmes de Flandre " 
illustré par Omer Bouchery
achevé d'imprimer par L. Danel à Lille le 31 juillet 1925
pour l'éditeur parisien A. Blaizot

Il oriente alors ses pensées vers un recueil de poèmes à la gloire de la Flandre : " Ma Petite Patrie, poèmes de Flandre ". L'ouvrage, publié en 1925, sera illustré par Omer Bouchery, un artiste couronné du Prix de Rome.



Une illustration d'Omer Bouchery figure au début de l'ouvrage de poésie de Pierre Valdelièvre " Ma Petite Patrie ".


Voir une biographie d'Omer Bouchery


En 1929, l’entreprise familiale de fonderie de cuivre qui avait fonctionné avec un régime d’avances de l’État, n’avait jamais été jugée par le tribunal des dommages de guerre. L’augmentation des matières premières et des salaires avaient créé des difficultés de trésorerie et la famille doit déposer le bilan et demander le bénéfice de la liquidation judiciaire.


De ce fait n'ayant plus d'emploi dans la fonderie de cuivre familiale, il va occuper le poste de secrétaire général de la Chambre métallurgique de Lille où il se sent libéré, affranchi de tout souci d’intérêt.


En 1930, à la suite de sa rencontre avec une ancienne résistante, Madame d’Hoëst-Dentant qui lui raconte son activité à Lille pendant l’occupation, il écrit " Une Récappée ", terme picard signifiant : Réchappée (du poteau d’exécution).


En 1931, pour la première fois il aborde le théâtre : " La vocation de Téniers ", pièce en un seul acte et en vers à la gloire de l’École flamande publiée au Mercure de Flandre. C'est en 1932 que paraît aux éditions La Caravelle " La Poésie de la mer " ainsi que le " Dict de Jacquemars Giélée " une pièce en vers cette fois en deux actes.



Voulant exposer les relations que la poésie peut avoir avec la philosophie, il écrit " La Psychologie du Poète " en 1933. La même année, il participe au concours proposé par la Ligue Féminine Civique et Sociale pour provoquer l’éclosion d’œuvres destinées à lutter contre le travail des femmes en usine.


En 1934, à l’occasion du cortège historique de Notre Dame de La Treille, auquel il participe, il écrit une pièce en 2 actes en vers " Le Miracle de la Treille "



" Le Miracle de la Treille " est paru aux Editions La Caravelle en 1934 avec une dédicace : À son Éminence Monseigneur Liénart Cardinal-Évêque de Lille en très respectueux et filial hommage.


D’autres titres suivent : " La Terre "" Le Jeu de Sainct Nicolas "" Les Sept Péchés capitaux " et " Croquis d'Algérie " en 1936, après un voyage en Afrique du Nord.



" Le Jeu de Sainct Nicolas ", publié en 1935, avec cette introduction : " À mes dix petits enfants je dédie cette œuvre, afin que malgré le réalisme brutal de ce siècle, ils puissent encore se bercer de la douceur des légendes naïves d'autrefois ".

Un euphémisme quand on découvre les textes !



En 1937, il poursuit " La Tétralogie des éléments " par le " Poème du Vent " et " La Splendeur du Feu ".


En 1939 : " Douze Sonnets votifs - Manuscrits " affirment son aversion pour la poésie dactylographiée. Il écrit dans son avant-propos : « Claviers où la pensée, à grand bruit martelée, souffre sans résistance et meurt écartelée. »

 

En septembre 1939, une nouvelle guerre avec l'Allemagne est déclarée. Les parents et trois enfants fuient la ville vers le Maine-et-Loire. Il consigne dans un carnet toute la rancœur qu'il ressent. Rentré seul à Lille, il se remet à écrire " La Bélandre qui passe "" Les Ailes qui virent ", " L'Âme de la Flandre ".


Acceptant mal l’issue de la guerre, âgé de soixante-dix ans, il décide de prendre sa retraite et sollicite la direction d’un centre de vacances pour les enfants des ouvriers de la métallurgie, dans l'Aisne, dans le petit village d'Englancourt.


En 1945 paraît " Les vieilles rues de Lille " ainsi que ses " Mémoires ", qui constituent la source de cette biographie.



Dans  " Les vieilles rues de Lille " il évoque celle de son lieu de naissance : De la même époque deux poètes nés à Lille ont laissé un nom, ce sont Jacquemars Giélée et Marotte Dregnaux. L'existence du trouvère Jacquemars Giélée est fixée selon toute probabilité entre 1240 et 1290, il est par conséquent en date le premier poète authentiquement lillois. Il est l'auteur de la quatrième phase du cycle du Roman de Renart, connu sous le nom de Renart-le-Novel. C'est une œuvre considérable en un français suffisamment proche de notre langue actuelle pour qu'il puisse être facilement compris, et sa réputation universelle est égale à celle du Roman de la Rose qui l'a précédé de peu, et ce qui est plein d'intérêt pour nous c'est qu'elle est datée dans ses cinq derniers vers, de l'an 1288, et signée « en une ville qu'on apièle en Flandres, L’Isle ».


En 1946 est publié " Le Poète et la Cité " en hommage à Auguste Angellier.


Le 6 mars 1947 " La Bélandre qui passe " est imprimé sur les presses de L. Danel.



En 1951 il fait éditer l'ouvrage " Mes arrière petits-enfants " à l'occasion du cinquantième anniversaire de son mariage.



C’est en 1952 qu’il écrit " Le Soir qui descend ou l'Eucologue du Vieillard " (eucologue = recueil de prières) dans lequel il veut rendre grâce au ciel de la vie infiniment belle qu’il lui a plu de lui accorder. 


En 1955 est publié chez son éditeur lillois Emile Raoust " Les statues et portes de Lille ".



Il décède 2 ans plus tard, à 81 ans, le 9 octobre 1957 à Leschelle dans l’Aisne après avoir écrit sa dernière œuvre " Le Poète à l'écoute ".