Madame la Maire, Diana,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le Président de l’association « Stolpersteine Nord-Pas-de-Calais », Théo,
Monsieur le Président de la section monsoises des anciens combattants,
Monsieur le Directeur de l’école des Provinces,
Anne-Gaëlle, et vous, les enfants de l’école des Provinces,
Messieurs le Président et le Chef de l’Orchestre d’Harmonie de Mons ;
Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,
Chers descendants d'Alfred MOREAUX,
Mesdames, Messieurs,
Aujourd’hui, en ce 8 mai 2026, au 380 de la Rue du Général de Gaulle, nous ne posons
pas seulement un pavé fait de béton et de laiton. Nous rendons un nom, un visage,
une histoire à Alfred MOREAUX. Nous lui rendons sa place, ici, dans notre ville, dans
notre mémoire collective.
Pendant longtemps, le nom d’Alfred MOREAUX est resté dans la sphère intime,
transmis avec pudeur au sein de sa famille, tandis que d’autres figures de la
Résistance monsoise étaient célébrées. Avec Thomas, nous avons voulu réparer cet
oubli. En parrainant et en finançant ce premier Stolpersteine à Mons-en-Barœul, nous
avons souhaité que ce résistant de l’ombre sorte enfin du silence et retrouve la lumière.
Car se souvenir n’est pas un simple devoir du passé : c’est un acte pour le présent et
une exigence pour l’avenir. Comprendre l’histoire, c’est se donner les moyens de ne
pas en répéter les heures les plus sombres.
Alfred MOREAUX était un monsois comme tant d’autres — ou plutôt comme chacun
de ces hommes, ces femmes et ces enfants ordinaires que les circonstances ont
appelés à un courage extraordinaire. Ajusteur, électricien, père de famille, il aurait pu
détourner le regard. En 1941, il a choisi l’engagement. Dans le réseau « Voix du Nord
», il a risqué sa vie pour imprimer, diffuser, transmettre la vérité, cachant des journaux
sous les toits de Mons.
Le 31 mai 1944, ici même, son destin bascule. Son fils Francis, encore enfant, voit son
père emmené par la Gestapo. Puis viennent la torture, le Train de Loos, l’enfer de
Sachsenhausen. Ce que cet homme a traversé dépasse l’entendement. Et pourtant,
Alfred a tenu. Dans le chaos des marches de la mort, il a même trouvé la force de
sauver une vie. Il sera finalement libéré le 3 mai 1945 par l’Armée rouge — vivant,
mais à jamais marqué.2
Ce projet est aussi une transmission. Nous tenions à remercier chaleureusement
Anne-Gaëlle DEMORTIER Professeur des écoles, sa collègue Madame Laurine
VOZEL et Monsieur Alain PHILIPPOFF Directeur de l’école Les Provinces d’avoir
accepté de nous rejoindre dans ce projet. Une mention toute particulière à Anne-Gaëlle
: nous souhaitons te remercier très sincèrement pour ton engagement, qui a largement
dépassé toutes nos espérances.
Nous voulons surtout saluer le travail des élèves de CM2 qui se sont emparés de cette
histoire. En étudiant le parcours d’Alfred, ils sont devenus les passeurs de cette
mémoire. Car regarder ce pavé, ce n’est pas seulement se souvenir : c’est comprendre
que la liberté que nous vivons aujourd’hui a un prix — et que ce prix a été payé par
des hommes, des femmes et des enfants qui vivaient ici, dans nos rues, dans notre
ville, dans notre pays.
Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Théo HOOREMAN, Président de
l’association Stolpersteine Nord–Pas-de-Calais, pour son engagement constant et
son dévouement à cette noble cause qu’est le devoir de mémoire.
Nos remerciements vont également à Monsieur Rudy ELEGEEST, ancien maire, qui
a accueilli notre démarche avec bienveillance et nous a soutenus dès les premiers
instants, ainsi qu’à Diana DA CONCEICAO, Madame la Maire, qui, dans la continuité
de cet engagement, a apporté immédiatement son soutien et honore aujourd’hui de sa
présence cette cérémonie.
Nous saluons également Monsieur Claude GERY, Président de la section des anciens
combattants de Mons, pour sa bienveillance, ainsi qu’Hélène CLERC, Directrice de
cabinet, pour son accompagnement précieux tout au long de ce projet.
Nous adressons aussi nos sincères remerciements aux choristes du chœur éphémère
constitué pour l’occasion : merci à chacune et chacun d’entre eux d’avoir été touchés
par ce projet et de l’avoir rejoint avec tant d’engagement. Nous remercions
chaleureusement les musiciens de l’Orchestre d’Harmonie de Mons-en-Barœul, ainsi
que leur chef Pierre MISIKOWSKI et leur président Olivier OCHIN, pour leur
précieuse contribution.
Nous n’oublions pas les membres de l’Association Historique de Mons pour la
communication de leurs archives, ni l’ensemble des agents municipaux, dont le
travail essentiel a permis la réalisation de cet événement, ni les descendants d’Alfred
MOREAUX, auxquels nous adressons toute notre reconnaissance pour leur confiance
et leur présence parmi nous aujourd’hui.
En posant ce Stolpersteine, nous nous inscrivons dans la démarche de l’artiste
Gunter DEMNIG : « s’incliner pour lire un nom, c’est s’incliner devant une vie ».
Aujourd’hui, nous nous inclinons devant Alfred MOREAUX. Un homme revenu de
l’enfer, brisé sans doute, mais debout.3
Mais commémorer ne peut pas être un geste figé dans le passé. Se souvenir, c’est
aussi regarder le monde tel qu’il est aujourd’hui. Et ce regard nous oblige.
Car ailleurs, en ce moment même, des civils meurent, des familles sont brisées, des
peuples vivent dans la peur. Au Proche-Orient, le conflit israélo-palestinien continue
de semer la mort, la destruction et la haine, dans une spirale qui semble sans fin. Entre
l’Ukraine et la Russie, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en Afrique et dans le monde,
les tensions et les violences rappellent combien la paix reste fragile et combien les
populations civiles en paient toujours le prix.
Face à ces réalités, notre silence serait une forme d’abandon. Nous devons le dire
avec clarté : aucune cause, aucune frontière, aucune idéologie ne peut justifier la
déshumanisation, les violences contre les civils, ni l’effacement des vies humaines.
L’histoire que nous honorons aujourd’hui nous enseigne précisément cela : là où l’on
cesse de voir l’autre comme un être humain, le pire devient possible.
C’est pourquoi cette pierre n’est pas seulement un hommage. Elle est un
avertissement. Elle nous rappelle que la vigilance n’est jamais acquise, que la paix se
construit chaque jour, et que la dignité humaine doit rester au cœur de nos
engagements.
Aujourd’hui, Alfred, vous êtes enfin de retour chez vous.
À travers ce pavé de laiton, qui captera la lumière et les regards, votre nom ne sera
plus jamais oublié. Et votre courage continuera d’éclairer notre chemin.



